À la rencontre de l’islam

par Marco Veilleux
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On estime qu’il y a, sur la planète, un milliard deux cents millions de personnes qui se réclament de l’islam (soit un cinquième de la population mondiale). Ces hommes et ces femmes vivent dans des continents aussi divers que l’Asie du Sud, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique du Nord. Au Canada, selon le recensement de 2001, on dénombrait 579 640 musulmans (soit 2 % de la population), dont 108 650 au Québec. Ces chiffres montraient par ailleurs que depuis 1991, la population musulmane canadienne avait plus que doublé; si bien que l’islam est devenu aujourd’hui la troisième religion en importance au pays, après le catholicisme et le protestantisme.

Ces quelques données soulignent l’urgence de dépasser l’ignorance, la méconnaissance et les préjugés à l’égard de la tradition musulmane, l’une des trois grandes religions monothéistes. L’actualité médiatique nous le rappelle quotidiennement : en tant que phénomène politique, culturel et religieux, l’islam est devenu une réalité incontournable. Malheureusement, c’est encore trop souvent par le biais d’informations livrées sans véritable mise en contexte, et portant sur des événements orchestrés par des organisations ou des régimes violents, obscurantistes et misogynes, que le commun des mortels entre en contact avec cette religion. Depuis un certain 11 septembre – et ses funestes retombées – qui a marqué profondément les consciences, nous sommes tiraillés entre, d’une part, une peur de l’islam qui peut dégénérer en islamophobie et, d’autre part, une volonté d’ouverture et de compréhension critique de cette tradition religieuse qui est aussi une riche culture et une grande civilisation.

C’est évidemment sur cette seconde voie, celle de l’ouverture et de la compréhension critique, que Relations veut entraîner ses lecteurs. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que notre revue propose d’aller « à la rencontre de l’islam ». Pour ne donner que quelques exemples, rappelons qu’en février 2002 (n o 674), un article de Qussaï Samak faisait la nécessaire distinction entre l’islam et les diverses formes d’islamismes. En juin 2003 (n o 685), un texte signé par Ali Daher, intitulé Les musulmans au Québec, nous aidait à saisir la spécificité et les défis de l’islamité québécoise. L’auteur en profitait pour dresser un portrait fort utile des différentes branches de l’islam (sunnisme, chiisme, etc.) et de leur représentation à Montréal. En février 2004 (n o 690), une entrevue avec Antoine Sfeir nous conviait à réfléchir aux rapports complexes entre islam, fondamentalismes et modernité. Enfin, en juin 2005 (n o 701), Gregory Baum nous proposait un Dialogue avec des musulmans d’Occident qui montrait comment ces derniers tentent de conjuguer leurs convictions religieuses à leur nouveau contexte social.

C’est dans cette foulée que s’inscrit le présent dossier. Nous l’avons préparé en donnant la parole à des personnes d’origine musulmane ou connaissant intimement cette tradition. Conscients du danger d’amalgames simplistes dès qu’il est question de l’islam, nous avons néanmoins voulu éviter toute complaisance en identifiant clairement certaines problématiques qui minent le présent et l’avenir des communautés musulmanes.

Pour ce faire, nous avons d’abord demandé à Jean-René Millot de nous brosser, à grands traits, l’histoire de cette religion. Car, pour comprendre l’islam d’aujourd’hui, il est important d’avoir un minimum de connaissances sur ses origines et son développement historique. Vient ensuite une entrevue avec Burhan Ghalioun, qui critique l’idée voulant que l’islam s’opposerait à la modernité. Il rappelle que les crises que traverse l’islam contemporain ne sont pas étrangères à l’impérialisme politique et économique des puissances occidentales. Puis, dans un article portant sur les tendances radicales, Antoine Sfeir aborde la grave question du détournement et de l’instrumentalisation de la religion au profit d’idéologies politiques violentes. Enfin, dans le cadre d’une table ronde, Osire Glacier, Farida Osmani et Naïma Bendriss, discutent de la condition des femmes en islam. Sans faux-fuyants, elles abordent les questions les plus controversées, nous parlent des luttes des femmes musulmanes d’ici et d’ailleurs et de l’image stéréotypée de ces dernières qui est véhiculée en Occident. Des textes plus brefs sur la représentation de l’islam dans les médias, les mouvements de non-violence, les nouveaux courants de pensée et le féminisme musulman viennent compléter ce dossier.

Pluriel et complexe, l’islam prend de multiples visages; à commencer par ceux bien réels d’un nombre grandissant de nos concitoyens qui vivent, s’éduquent, prient, s’aiment, travaillent, font des enfants, débattent, s’engagent sur le plan social et politique au sein de notre Maison commune. Aller à la rencontre de l’islam, c’est peut-être d’abord tisser des liens et entretenir le dialogue avec ces femmes et ces hommes de tradition musulmane, qui réfléchissent sur celle-ci, témoignent de ses grandeurs et de ses misères et refusent de se laisser confisquer leur héritage par les intégristes de tous bords. Pour ma part, c’est ainsi que l’islam a pris les traits de vrais visages : ceux de mes amis Fatima, Sleiman et Mourad… Puisque leur généreuse amitié m’a permis de rencontrer une tradition vivante dont ils sont l’avenir et qui enrichit maintenant ma propre identité de Québécois, je voudrais leur dédier un peu ce dossier.

 

« Lorsque nous aurons une interprétation correcte de l’islam,
nous verrons qu’il n’y a pas d’incompatibilité
entre les droits de la personne et l’islam. »

Shirin Ebadi, juriste iranienne et Prix Nobel de la paix 2003

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Référence : Veilleux, Marco,«À la rencontre de l’islam », Relations, janvier 2006 (706), p. 10-11.

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27 février 2006