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La souveraineté passe-t-elle par le PQ?par Denise Veilleux et Caroline Sauriol |
Les indépendantistes de gauche se rallient tous autour du projet de faire du Québec un pays progressiste, mais leurs analyses stratégiques et politiques pour y arriver divergent profondément. Si certains rappellent que la souveraineté n’est pas le monopole du Parti québécois, d’autres craignent qu’abandonner le navire péquiste revienne à se condamner à une marginalité impuissante.
L’idée de former une coalition autour du Parti québécois repose sur la prémisse erronée selon laquelle la souveraineté sera l’œuvre d’un parti politique. Denise Veilleux Pour que le pays du Québec devienne une réalité, il doit surgir d’une large volonté d’affirmation nationale dans une perspective de souveraineté populaire. Pour qu’il réponde aux besoins, aux valeurs et aux rêves des gens d’ici, il doit devenir l’œuvre de tout un peuple par une vaste démarche collective de réflexion et de décision. Or, confier la mission d’un pays souverain à un seul parti déplace l’enjeu sur le terrain électoral, ce qui le livre à une logique d’affrontements partisans contraires à l’esprit nécessaire pour rallier le plus grand nombre de Québécoises et de Québécois. Au-delà de la logique partisaneEn continuant d’associer l’objectif de l’indépendance au Parti québécois, on accepte de soumettre le destin d’une nation aux aléas des élections. Pour prendre, conserver ou reprendre le pouvoir, le parti adopte forcément une approche de marketing peu compatible avec une vraie démarche d’information sur les motifs, les moyens et les effets du projet de pays. En cas de succès, il doit assurer la bonne gouvernance d’une province que la centralisation et l’ingérence fédérales rendent de moins en moins gérable. Ses décisions impopulaires, motivées ou non par le cadre fédéral, font reculer l’horizon de l’indépendance. En effet, le mode de scrutin qui favorise l’alternance chassera le PQ du pouvoir tôt ou tard. Même lorsqu’il parvient à former de nouveau le gouvernement, il ne recueille jamais plus de 50 % des voix (voir à ce sujet l’article de Pierre Serré dans L’Action nationale de février 2004 <www.action-nationale.qc.ca/04-3/serre.html>). Il ne peut donc se targuer d’avoir la légitimité nécessaire pour lancer le processus devant mener à l’indépendance. Bref, le jeu de l’alternance ne devrait pas servir à déterminer le sort d’un enjeu aussi capital que la prise en charge de notre avenir collectif. L’idée d’une coalition autour du PQ tente de sortir le projet de pays de cette impasse électorale. Cela suppose que ce parti puisse jouer le rôle de rassembleur. Quelques indices permettent toutefois d’en douter. S’il parvient difficilement à faire l’unité sur la question nationale à l’intérieur de ses rangs, comment saura-t-il rallier les souverainistes à l’extérieur? Rappelons qu’il a refusé de reconnaître la diversité des tendances qui le traversaient dans les années 1960 en exigeant la dissolution du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN). Aujourd’hui, la coalition envisagée réunirait sans doute les divers mouvements nationalistes présents dans le Conseil de la souveraineté. Le PQ devrait également s’associer avec la seule autre formation politique indépendantiste, soit l’Union des forces progressistes (UFP) qui formera un nouveau parti avec Option citoyenne en janvier 2006. Cette coalition stratégique refléterait mieux la diversité des options du camp souverainiste, mais elle parviendrait difficilement à convaincre les autres adversaires politiques de faire cause commune dans le contexte actuel de polarisation entre souverainistes et fédéralistes. Une coalition autour du PQ n’aurait donc pas l’effet d’élargir au maximum l’appui à la souveraineté, car elle maintiendrait la marche vers l’indépendance dans une logique partisane. Or, en 2002, selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir-Globe and Mail, la moitié des souverainistes votaient pour d’autres formations politiques. Une Assemblée constituanteLa question reste donc entière : comment soulever l’adhésion de toutes les forces vives pour bâtir le pays du Québec? Un premier élément de réponse est que ce projet doit cesser d’être l’apanage d’un seul parti politique pour devenir enfin l’affaire de tout le monde. C’est pourquoi l’UFP propose la convocation d’une Assemblée constituante (voir <www.ufp.qc.ca/>) chargée d’entreprendre une vaste démarche de démocratie participative et d’éducation populaire pour donner la parole à toute la population, y compris les peuples autochtones. Outre sa légitimité, cet exercice exemplaire aurait l’avantage stratégique de raffermir les convictions individuelles, indépendamment des allégeances politiques, donc de créer une cohésion essentielle pour affronter les tâches emballantes mais difficiles du pays à construire. |
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C’est en se ralliant au Parti québécois, seul parti qui a des chances de reprendre le pouvoir, que l’on sert le mieux la cause progressiste et celle de la souveraineté. Caroline Sauriol Nombreux sont ceux qui soutiennent le Parti québécois au nom de la cause de l’indépendance nationale, et pour qui cette fin justifie le ralliement de tous ceux qui aspirent à un Québec souverain. Pour certains, l’élection du parti qui pourra réaliser ce projet exige tous les sacrifices, même celui de mettre au second plan la résolution des injustices sociales. En érigeant la souveraineté comme une cause ultime, cette approche fait toutefois fi des aspirations de justice des Québécoises et des Québécois, et vide d’autant la plate-forme du PQ de sa substance progressiste. S’il est certain qu’une fois élu, ce parti mettra en place des moyens menant à l’indépendance, il est aussi certain qu’il devra également mettre en place diverses mesures touchant des sujets variés, selon le programme que les militants lui auront donné, et non pas selon le programme des autres partis minoritaires, aussi progressistes soient-ils. Ne pas se condamner à la marginalitéDes deux partis majeurs du paysage politique québécois, le PQ est le plus à gauche, avec un argumentaire ancré dans des valeurs de diversité, de justice sociale et de solidarité, de même que dans la responsabilisation réciproque entre l’État et ses citoyens (Programme du parti, chapitre 1, p. 4). La Saison des idées, close en juin dernier avec le congrès péquiste, a non seulement réitéré mais aussi renforcé l’engagement du PQ envers la social-démocratie. Dans le débat « lucidité-solidarité », le PQ, nonobstant son ancien chef, reste campé du côté de la solidarité. Persiste toutefois la question de la priorité relative accordée à la réduction des inégalités sociales par ce parti une fois élu. Si la gauche militante choisit de se dissocier du PQ pour fonder un nouveau parti, c’est qu’elle met en priorité la lutte aux inégalités sociales et qu’elle en fait son point d’ancrage. Comme les factions dites des « purs et durs » au sein du PQ peuvent monopoliser le débat interne, les factions de la gauche radicale risquent de faire de même pour ce nouveau parti. Le Québec moderne n’étant pas friand de discours radicaux, et avec un système électoral majoritaire uninominal, les nouveaux partis risquent de rester marginaux sur l’échiquier politique. En effet, contrairement à un régime proportionnel, le régime électoral actuel induit un contexte d’alternance entre les deux principaux partis. Se rallier au PQ, ce n’est pas seulement se coaliser pour la souveraineté, mais c’est aussi joindre un parti qui a des chances d’obtenir la gouverne du Québec. Peut-être n’est-il pas assez à gauche pour les militants qui préfèrent se joindre à l’UFP ou à Option citoyenne, mais dans le contexte qui favorise le bipartisme, c’est le PQ qui a des chances bien réelles d’être élu… et donc de devoir mettre en œuvre ses promesses. « Bardasser » de l’intérieurC’est donc au sein d’un Parti québécois qui fait de la lutte aux inégalités un point central de son programme, côte à côte avec l’indépendance, que l es souverainistes progressistes peuvent être les mieux servi s . C’est en restant au sein du PQ que ces militants peuven t y fa ire entendre leur voix et influencer la plate-forme du parti . À l’opposé, l e désinvestissement d es militants de gauche au profit de nouveaux mouvements politique s laisse le champ libre à ceux qui font de la souveraineté la seule priorité du PQ. Pour favoriser la justice, non pas seulement dans le pays à venir, mais aujourd’hui, dans la province que nous habitons jusqu’à nouvel ordre, la gauche et les souverainistes doivent se rallier au PQ, quitte à « bardasser » de l’intérieur. C’est par le militantisme au sein même du PQ, en se ralliant derrière ceux qui ont des chances de gagner, que l’on servira le mieux la cause progressiste et celle de la souveraineté. |
Référence : Denise Veilleux et Caroline Sauriol, « La souveraineté passe-t-elle par le PQ? », Relations, janvier 2006 (706), p. 30-31.
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5 février 2007