![]() |
Un tombeau videpar Marco Veilleux |
À la fin de février dernier, dans le cadre d’une mise en scène bien orchestrée, on nous annonçait avoir découvert le tombeau de Jésus, au côté de celui de sa femme, Marie-Madeleine, et de leur fils, Judas… Le porteur de cette « nouvelle » était nul autre que James Cameron, réalisateur du film Titanic. Cousu du plus gros des fils blancs du marketing (Cameron est en effet le producteur d’un documentaire intitulé Le tombeau perdu de Jésus), l’affaire sera répercutée par l’ensemble des médias écrits et électroniques avec une légèreté déconcertante. À n’en pas douter, la recette de mise en marché du thriller Da Vinci Code a fait école. Sur la base d’hypothèses fumeuses et du sensationnalisme le plus racoleur, le « produit » aura été moussé sans réserve par le concert médiatique. Quel coup publicitaire!
La vérité, c’est que la dizaine d’ossuaires en question ont été exhumés à Jérusalem en 1980, qu’ils appartiendraient vraisemblablement à une famille juive du 1 er siècle de notre ère et que, si l’un deux porte l’inscription « Jésus, fils de Joseph », ce nom revient 71 fois sur les 900 tombeaux de cette époque que l’on a retrouvés jusqu’à ce jour autour de Jérusalem. Voilà les faits. Tout le reste, selon les archéologues les plus sérieux, n’est que spéculation sans fondement. Mais qu’à cela ne tienne! L’important n’est-il pas de faire et de vendre de la nouvelle? Feu de paille et pacotille…
Dans la nuit du 7 au 8 avril, des chrétiennes et des chrétiens auront allumé un autre type de feu : le feu nouveau inaugurant la grande liturgie de la Veillée pascale. Cette joyeuse lumière est au cœur des célébrations de Pâques, fête la plus importante du calendrier des chrétiens. En faisant mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ, les croyants célèbrent en effet le mystère central de leur foi. Ils reconnaissent dans ces événements vécus par l’homme de Nazareth un véritable « avènement » : la manifestation ultime de l’amour, de la justice et de la solidarité de Dieu envers l’humanité. Cela fonde leur espérance et leur engagement au service de la vie et du monde.
Comment témoigner fidèlement de telles convictions? Pour chaque génération de chrétiens, la question reste entière. Plus encore, pour chaque croyant et chaque croyante, elle se fait radicale : que signifie ce tombeau vide? Depuis 2000 ans, aucune réponse définitive n’est venue à bout de cette interrogation. Toutefois, de multiples traditions d’interprétations – à commencer par celles du Nouveau Testament – ouvrent, à partir de ce « vide », des chemins de signification et de vie. En cela se trouve une des caractéristiques de la foi chrétienne : elle se fonde sur une absence qui fait signe et met en marche. À son commencement, il y a un corps qui manque : celui de Jésus le Christ. Pas de mainmise possible sur la vérité du christianisme puisque cette vérité est une personne qui, toujours, nous échappe. Quitter le tombeau vide, c’est donc faire un « passage » (selon l’étymologie du mot « pâque »). C’est entrer dans une quête incessante, créatrice de liens et de solidarité, porteuse d’interrogations sur le sens de la vie et de responsabilités à l’égard du sort de notre humanité.
L’évangile qui est proclamé au cœur de la nuit pascale raconte que ce sont des femmes qui, les premières, découvrirent le tombeau vide. Elles furent aussitôt envoyées annoncer l’étonnante nouvelle : celui qui y gisait n’y est plus; il est ailleurs… Depuis lors, impossible de mettre la main sur le corps du Christ. Les cinéastes hollywoodiens d’aujourd’hui, comme les grands prêtres ou les soldats de l’époque, n’arriveront pas à l’enfermer ou à le saisir à leur profit… Le tombeau est vide. Plus encore : il est ouvert. Pour les chrétiennes et les chrétiens, cela signifie entre autres que la vie est plus forte que toutes les logiques de mort, d’exploitation et de domination.Référence : Veilleux, Marco, «Un tombeau vide», Relations, mai 2007 (716), p. 3.
Retour à la page d'accueil des archives de la revue Relations
Qui sommes-nous? / nouveau numéro / Archives / Soirée Relations / liens / abonnement / Centre justice et foi
www.revuerelations.qc.ca
septembre 2007