par Guy Paiement
Lutter contre la pauvreté et l'appauvrissement ne suffit plus. Devant l'impasse du néo-libéralisme qui nous enferme dans la seule logique des marchés, l'auteur plaide pour une vision du développement solidaire qui privilégie une approche intégrée de l'économique, du social, du politique, du culturel et de l'écologique, seule prometteuse de solutions.
D'entrée de jeu, je dois vous avouer que je suis passablement las de traiter encore une fois de la pauvreté. Il existe, pour la seule région de Montréal, toute une bibliothèque d'études et de rapports qui examinent l'une ou l'autre facette de la pauvreté. De même, pour ce qui a trait à l'intervention, on retrouve une panoplie d'initiatives des plus diversifiées. Comment expliquer que l'on reprenne sans cesse les mêmes questions? Comment interpréter les maigres résultats de tant d'efforts et de tant de ressources? Sommes-nous marqués par un malin destin qui fait de nous des Sisyphe modernes, condamnés comme lui à reprendre sans cesse la pierre que nous avions roulée jusqu'en haut de la montagne et qui, l'instant d'après, roule de nouveau tout en bas?
Une pensée d'Albert Einstein m'a sorti de ma morosité. "Lorsqu'un problème, dit-il, nous résiste malgré d'énormes efforts de recherche, nous devons mettre en doute ses données premières. L'imagination est alors plus importante que le savoir." En appliquant cette réflexion à la question de la pauvreté, je me suis dit qu'il était peut-être nécessaire de chercher autrement à la comprendre. Pour faire bref, disons que je me suis demandé comment on pouvait analyser autrement le processus de l'appauvrissement et par quel autre processus on pouvait espérer le combattre. J'ai ainsi dégagé trois approches à la question et entrevu un autre processus. Inutile d'ajouter que cette réflexion s'est nourrie des expériences en cours dans les nombreux groupes populaires qui luttent quotidiennement contre la pauvreté et la bêtise institutionnalisée. On en trouvera ici plusieurs échos.
La pauvreté et l'appauvrissement
Commençons par rappeler ce qui est bien connu: la pauvreté a plusieurs visages et se manifeste comme le résultat d'un processus plus ou moins long selon les milieux. Dès les années 60, à Montréal, le Conseil des oeuvres avait averti les décideurs du temps qu'il était socialement irresponsable de supprimer des quartiers entiers pour laisser place à Radio-Canada et à l'autoroute sans se préoccuper de reloger les gens déplacés dans des logements à prix abordables.
De même, on avait pointé du doigt la restructuration industrielle en cours et demandé des mesures de recyclage pour une main-d'oeuvre peu scolarisée. On connaît la suite. Une dizaine d'années plus tard, la décision de favoriser les banlieues par la construction d'autoroutes et par l'aide à la construction de maisons neuves a siphonné toute une population jeune hors de la métropole. À la même période, le gouvernement décidait de développer son système de santé et de services sociaux en investissant dans certaines villes considérées comme autant de pôles majeurs. Pendant trente ans, cette politique ne sera pas remise en cause et créera, non seulement des concentrations de services mais aussi des investissements économiques durables.
La conséquence est maintenant sortie du placard: les pôles choisis ont attiré les ressources humaines, dépeuplant les petits villages, les vidant de leurs services et y laissant une population de plus en plus vieillissante, isolée et appauvrie. Ce "Québec cassé en deux" vient à peine d'être reconnu et les récentes politiques de décentralisation, qui tentent de se mettre en place dans une atmosphère de foire d'empoigne à saveur médiévale, sont loin de s'accompagner d'une réflexion sur un autre modèle de développement qu'il nous faudrait collectivement mettre en place.
Si l'on replace maintenant ce Québec dans les filets fédéraux, il est facile de noircir encore plus le tableau. On sait, en effet, que depuis les années 70, le gouvernement fédéral a haussé de plus en plus le fardeau fiscal des particuliers et diminué celui des entreprises. Il en a découlé un appauvrissement certain de la classe moyenne et un effilochage du contrat social. La hausse des taux d'intérêt a, par la suite, accentué les clivages en cours et permis de nouvelles concentrations de la richesse.
L'obsession du fonctionnement social
Si je me permets de rappeler ces événements, c'est d'abord pour souligner que le processus d'appauvrissement d'une partie importante de notre population demeure un phénomène construit socialement et qu'il nous faut l'aborder globalement si nous voulons sortir, avant tout mentalement, de la culture de la Ligue nationale d'improvisation. La seconde raison nous touche plus immédiatement. Tout se passe, en effet, comme si nous n'avions retenu de ce processus que les conséquences multiples.
En étant plus ou moins fascinés par les structures qui se sont échafaudées rapidement, nous nous sommes concentrés sur leur fonctionnement. Du coup, il devenait facile de constater que beaucoup de gens ne parvenaient pas à bien "fonctionner" dans cette société. Les pauvres sont alors devenus des individus affectés par une ou plusieurs dysfonctions sociales et une armée de professionnels avait pour tâche de les aider à mieux "fonctionner". Cette insistance obsessive portée à la fonction a évidemment permis de soulager des milliers de misères et de faire progresser l'importance sociale des intervenants en place. Elle a aussi eu comme résultat un éclatement de la pensée et une tendance lourde à privilégier des logiques coupées les unes des autres.
Nous en mesurons aujourd'hui toutes les conséquences. Il n'est pas vrai, nous le savons beaucoup mieux, que l'augmentation, à titre d'exemple, des soins de santé signifie nécessairement une meilleure santé de la population. Plusieurs d'entre nous constatent également que le milieu ne peut prendre en charge les ex-psychiatrisés, les itinérants, les décrocheurs plus ou moins jeunes, les femmes violentées, les enfants après la classe, les personnes âgées en perte de réseau social et, tout récemment, les personnes en convalescence, sans fournir à ce même milieu des moyens adéquats pour le faire.
En refilant aux citoyens des responsabilités de plus en plus nombreuses sans s'assurer de la présence et de la vigueur du lien social, on a créé une tendance généralisée d'agressivité, d'impuissance et finalement de repli. Ajoutons, pour faire plus complet, que tout ce vacarme se déplie sur le fond d'une crise majeure de l'emploi et de sa fonction sociale traditionnelle d'intégration ou de reconnaissance.
Dans une société réduite à ses multiples fonctionnements éclatés, chacun cherche désormais à s'en tirer le moins mal possible et la pauvreté est devenue une industrie qui fait vivre une armée de personnes, convaincues qu'elles ne peuvent pas grand'chose ou encore, ce qui est pire, qu'on peut la faire disparaître grâce à de meilleures techniques, statistiques d'abord, technocratiques par la suite.
Le déficit du sens ou de la direction
Cette hypertrophie du fonctionnement n'a pas seulement abouti à sous-estimer la force des structures. Elle a aussi laissé peu de place aux significations, aux directions à prendre, au sens souhaitable. La chose ne devrait pas nous surprendre quand on se rappelle que les objectifs poursuivis par une société supposent des lieux de débats pour en discuter. Ils appellent préalablement des territoires concrets dont des citoyens se sentent responsables pour l'avenir de leurs enfants. Or, les territoires avaient littéralement disparu de la carte au profit des "régions administratives". Les citoyens, pour leur part, avaient été ramenés à la fonction de "consommateurs" plus ou moins argentés ou encore de "clients" des multiples services offerts quand ils ne réussissaient pas à bien fonctionner dans leur milieu.
Cette disparition du citoyen et de la citoyenne me paraît aujourd'hui l'appauvrissement le plus lourd de notre vie collective. Travailler à le retrouver signifie que l'on s'interroge sur l'avenir de nos territoires concrets et que l'on débatte du développement que l'on souhaite voir s'y déployer. Cela signifie, pour l'intervention, une préoccupation nouvelle pour le pouvoir que peuvent et doivent exercer les innombrables citoyens et citoyennes.
À ceux et celles qui pensent qu'un tel effort est trop grand ou encore trop dangereux, je rappellerai le saut qualitatif qu'a effectué notre société pour ce qui a trait à l'environnement. Il y a quelques années, seule une poignée de petits groupes se préoccupait de l'avenir d'une rivière, de la diminution des saumons ou des morues, de la folie de la coupe à blanc de nos forêts. Aujourd'hui, nous commençons à disposer, comme collectivité, d'une législation pour protéger notre environnement. Le recyclage est entré dans les moeurs et même à l'école. Tout est loin d'être parfait mais il suffit d'un seul discours du PDG d'Hydro-Québec pour voir se lever toute une armée de citoyens et de citoyennes qui se portent à la défense de l'avenir de l'eau, cette ressource naturelle qui doit demeurer un bien commun pour toute la collectivité.
Je pense qu'il en est ainsi pour la citoyenneté. Les réseaux de personnes qui mettent sur pied des lieux de débats se multiplient de plus en plus. Qu'il s'agisse du développement local, de la reprise en main d'une Caisse populaire ou d'un plan d'aménagement de la Ville, de la réforme de la fiscalité, de l'appauvrissement zéro, de projets d'économie plus socialisée ou encore, tout récemment, de l'avenir du développement social, tout un courant plus ou moins souterrain de recherche d'un autre modèle de développement est en train d'irriguer notre société. C'est dans ce bouillonnement de culture qu'il nous faut désormais situer la pauvreté et le lent processus qui la maintient de génération en génération.
Pour un développement solidaire
Pour dire la même chose autrement, il me semble qu'il n'est plus suffisant de lutter contre la pauvreté ni même contre l'appauvrissement. Il nous faut poser un autre horizon. Il nous faut viser à mettre en place les conditions de la reprise en main de notre territoire et de son développement. Un développement qui comprendra l'économie, bien sûr, mais aussi la culture, l'éducation permanente, le retissage entre les générations, le métissage culturel et quoi encore? Un développement qui, d'emblée, se voudrait solidaire et non pas programmé pour une minorité de "winners".
Cette visée devra donner de la place à la formation du citoyen et de la citoyenne, c'est-à-dire d'une personne qui jouit des mêmes droits que tout le monde, qui se sait responsable de sa vie et de l'avenir de son milieu, une personne qui n'est pas d'abord étiquetée à partir de ce qui lui manque mais qui se découvre des ressources, des expertises, des rêves un peu fous de changement pour elle et pour les générations qui montent. Tous nos divers "services publics" devraient se mettent au service d'un public ainsi compris et valorisé. Avant d'être un consommateur ou encore un client plus ou moins en manque, je demeure un citoyen qui a "droit de cité" dans son milieu.
De certaines conséquences
Si l'on oriente résolument les interventions à partir de cet objectif privilégié, plusieurs conséquences se dessinent déjà.
Au niveau des fonctions sociales, il est clair que l'approche intersectorielle s'impose et bouscule radicalement plusieurs façons de faire actuelles. Nos interventions sont éclatées parce que notre pensée est en miettes. Relier patiemment les interventions entre elles suppose que l'on travaille en même temps à retisser le lien social entre les personnes. Beaucoup d'organismes de première ligne, vous le savez, ont découvert cette priorité et la poursuivent depuis longtemps. Les responsables des comptoirs alimentaires vous le diront: beaucoup de personnes qui viennent quémander un sac de nourriture recherchent, en fait, un contact humain, une parole qui leur rappelle qu'elles sont toujours dignes de respect et qu'elles échappent au rôle d'inutiles ou de profiteurs que la société marchande leur étiquette sur le front.
Cette réactivation du lien social devient ainsi une intervention décisive. Alors que l'appauvrissement coupe les liens avec le réseau du milieu du travail, le réseau des amis ou des voisins, l'intervention conviviale tisse à nouveaux le filet des solidarités minimales. Le quémandeur ne se perçoit plus seulement comme un être mis à part mais comme un sujet qui a la même dignité que n'importe qui. Cette "opération dignité" a marqué des points ces dernières années dans plusieurs domaines, qu'il s'agisse des groupes de femmes, de défense des droits ou d'aide alimentaire.
À titre d'exemple, quand certains groupes communautaires ont mis sur pied des "magasins-partage" au temps des fêtes de Noël, ils étaient touchés par la revendication de dignité qui s'exprimait de mille et une façons. Au lieu de recevoir un panier de charité traditionnel, les participants sont alors venus faire leurs propres emplettes des Fêtes au magasin communautaire et participer à sa bonne marche. Les résultats de l'opération sont suffisamment probants pour ouvrir l'imagination à de nouvelles pistes et décourager aussi à l'avance toutes les pratiques répressives que l'on s'acharne à vouloir encore mettre en place dans les interventions officielles.
Au niveau plus structurel, nous sommes actuellement soumis à une "pétarade" de nouvelles structures. Qu'il s'agisse de la réforme Rochon, de la réforme Marois, de la réforme Chevrette ou de la réforme Harel, nos milieux sont bombardés de nouveaux sigles et assistent plus ou moins impuissants aux jeux de pouvoir des élites en place. En même temps, je constate que les groupes communautaires et populaires sont devenus de nouveaux acteurs politiques incontournables.
Cette irruption s'est manifestée au dernier Sommet socioéconomique et la "clause d'appauvrissement zéro" qu'ils ont alors revendiquée a su embêter tous les autres acteurs traditionnels. Mais la place que ces mêmes groupes occupent dans les différentes tables de décision n'est pas encore très grande. La participation, d'ailleurs, à ces nouveaux lieux, ne fait pas encore l'unanimité et plus d'un groupe craint d'y être récupéré.
Il me semble y avoir là une bonne mise en scène de ce qui se passe avec l'ensemble de la population appauvrie. La pauvreté devient ici celle de la difficile participation aux décisions et le déficit démocratique qui en résulte est vraisemblablement plus important que notre dette publique. Visera-t-on, un jour, le "déficit démocratique zéro"? Dans cette veine, favoriser la participation des citoyens et des citoyennes à la marche des affaires publiques devient une pratique sociale urgente. Elle est particulièrement difficile dans le contexte actuel des réformes à gogo et les petits jeux de pouvoir, que se livrent les divers groupes déjà en selle, risquent fort de tirer le meilleur des réformes en cours dans les anciennes ornières.
Malgré tout, des milliers de citoyens et de citoyennes réapprennent à se donner du pouvoir sur leur vie et sur leur milieu. Les expériences sont ici nombreuses et constituent, à mon sens, une nouvelle chance pour la démocratie. Tout se passe, en effet, comme si l'approche suivie depuis la Charte des droits de l'homme de 1948 donnait maintenant naissance à autre chose. Cette Charte a, en effet, permis de préciser les droits fondamentaux de toutes les populations et ces derniers ont très vite engendré ce qu'on a appelé les besoins de base des populations de notre pays. C'est encore d'après cette liste, d'ailleurs, que l'on définit la pauvreté des gens et que l'on continue de chercher les moyens de la diminuer. Or, la nouveauté qui perce actuellement consiste à préciser désormais les droits et les besoins du citoyen et de la citoyenne.
En d'autres termes, les droits humains sont maintenant remis dans la dynamique d'un territoire concret et cet enracinement ouvre de nouveaux champs et de nouvelles responsabilités. Le besoin de nourriture devient alors celui d'une politique de sécurité alimentaire dans une région donnée, le besoin de se loger; un droit du locataire et du propriétaire et des limites législatives à la hausse des loyers ou à la spéculation immobilière, le besoin d'instruction; des mesures de recyclage et des formules de raccrochage, le besoin d'un revenu décent; une assurance et une assistance sociale, voire un revenu de citoyenneté.
Inutile de souligner que nous sommes encore au tout début de ces nouveaux droits et que le besoin de participation va ainsi beaucoup plus loin que le désir de faire "fonctionner" le Grand carrousel actuel de l'économie de marché. Quand un petit groupe de mon quartier a décidé de reprendre en main le conseil d'administration de leur Caisse populaire ou quand un autre a décidé de partir un mini-club d'achats, ils faisaient plus que vouloir participer au système déjà en place. Ils visaient de nouveaux rapports économiques et sociaux et, ultimement, un nouveau rapport au politique.
Ce renouveau de la participation vise ainsi à refaire un tissu social qui, à son tour, permet d'entrer autrement dans l'économique et la politique. Ultimement, une telle participation vise à permettre au citoyen et à la citoyenne de créer de nouveaux droits, d'identifier les conditions pour qu'ils soient viables et d'aménager des espaces où il soit possible de vivre ensemble autrement. Ai-je besoin d'ajouter que nous sommes ici loin de cette tendance à favoriser le partenariat à tout prix, sans qu'on ait une idée commune de ce qui est alors poursuivi?
Ces réflexions nous amènent ainsi tout naturellement au niveau du sens, de la direction prise à long terme par notre société. C'est là un aspect qui est souvent glissé sous le tapis et qui demeure pourtant actif dans les multiples pratiques des personnes. Tout se passe comme si nous avions cru, comme société, au grand rêve américain: "Un jour, ce sera ton tour!" À force d'efforts, on pensait pouvoir gravir seul l'échelle sociale et faire partie du Grand carrousel de l'économie. Or, pour un bon nombre de personnes, la richesse est devenue de plus en plus aléatoire, proche parente des grands jeux du casino, si bien que l'insécurité des milieux appauvris a vite immigré dans plus d'un bungalow de la classe moyenne. Aujourd'hui, beaucoup de gens constatent avec amertume les lambeaux de l'ancien rêve. Mais aucun autre rêve n'a actuellement la force suffisante pour sécréter les nouvelles solidarités dont nous aurions besoin pour vivre autrement et changer notre milieu.
C'est ici que les questionnements commencent à poindre et que les rêves personnels se cherchent des complices. Est-il vrai, par exemple, que le contraire de la pauvreté soit, sans plus, la richesse? Suffirait-il de donner un peu plus d'argent aux pauvres pour les sortir du processus d'appauvrissement? Faut-il chercher, par toute une batterie de moyens, à inclure les exclus dans notre société, alors que l'on a découvert que ce sont précisément les structures en place de cette même société qui mettent de côté un nombre de plus en plus important de citoyens et de citoyennes? Faut-il attendre d'avoir produit plus de richesse pour la distribuer aux plus mal pris ou si, comme le rappelait monsieur Pétrella, c'est d'abord le principe de la redistribution de la richesse qui doit guider la décision de la produire?
Si je mentionne ces questions, ce n'est pas d'abord pour mousser la discussion théorique mais parce qu'elles se posent de plus en plus dans notre milieu. Un nombre important de personnes de tous les milieux commencent à se dire que le contraire de la pauvreté n'est pas d'abord la richesse, mais une plus grande circulation des richesses. Que le développement local n'est pas une simple façon de suppléer aux délestages des gouvernements mais une autre façon de faire appel aux multiples ressources existantes et de les convaincre de tisser des liens, de bâtir des passerelles, de partager des responsabilités concrètes pour ce qui touche à l'avenir des jeunes décrocheurs, l'isolement des femmes chefs de famille, la création d'entreprises socialement utiles, et quoi encore?
En d'autres termes, nous avons déjà en place les divers éléments d'une autre approche pour contrer le processus de l'appauvrissement. Qu'il s'agisse du lien social à retisser, de la reprise en main de sa vie, de la redécouverte de réseaux de toutes sortes, de la capacité de rêver avec d'autres pour changer les situations, nous voyons se déplier un autre itinéraire, avec, comme horizon, un développement des territoires par le plus de citoyennes et de citoyens possible. Se mettre au service de ce nouveau processus changera nos pratiques, nous obligera à promouvoir des interventions moins ponctuelles et plus intersectorielles. Cette approche devrait aussi débloquer les scléroses institutionnelles actuelles et favoriser une plus grande circulation des ressources.
Pouvons-nous croire qu'un tel processus ait des chances de se déployer et de réussir? Allons-nous rapidement mettre en place les marges de manoeuvre pour lui donner vie? Si, malgré la corrosion que connaissent nos efforts, nous persistons à répondre par l'affirmative, c'est peut-être que nous persistons à croire que l'innovation sociale demeure encore le meilleur rempart contre la maladie, la pauvreté ou la bêtise. Ne s'agit-il pas, en effet, de donner encore une chance à cette humanité têtue que nous partageons et qui dit NON à ceux qui voudraient nous enfermer dans nos rôles de consommateurs, de clients, d'intervenants, de planificateurs, de gestionnaires ou de politiques? Je pense que nous sommes nombreux et nombreuses, ici et ailleurs, à tenter déjà une réponse neuve.
Référence : Paiement, Guy, "Comment contrer le processus d'appauvrissement", Relations, mars 1998 (638), p. 55-59.
Retour à la page d'accueil des archives de la revue Relations
www.revuerelations.qc.ca
6 février 2003