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Salaire de misèrepar Louise Dionne |
Le 1er mai, le salaire minimum augmente de 25 ¢ pour passer à 8 $/h.; une des hausses les plus importantes des dix dernières années. Pourtant, celle-ci sera insuffisante pour sortir de la pauvreté les 130 000 salariés visés.
La hausse québécoise n’a rien d’exceptionnel. Depuis le début de l’année, les annonces d’augmentation du salaire minimum ne cessent de se multiplier en Amérique du Nord. L’Ontario a augmenté le sien à 8 $/h., le 1er février dernier. À la Chambre des communes, une députée néodémocrate, Peggy Nash, a déposé un projet de loi visant à rétablir le salaire minimum fédéral et à le fixer à 10 $/h.. Aux États-Unis, les Démocrates ont déposé un projet de loi visant à faire passer le salaire horaire minimum de 5,15 $ à 7,25 $ au cours des deux prochaines années. Cela représente une première hausse depuis dix ans. Après quelques compromis, le projet recevra sans aucun doute l’aval des Républicains.
Tous semblent enfin reconnaître l’indécence que des gens s’appauvrissent tout en travaillant. Dans son communiqué, le ministre du Travail, Laurent Lessard, a fait ressortir l’importance de cette hausse et précise qu’elle s’inscrit dans le plan d’action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Des organismes de défense des droits tels que le Collectif pour un Québec sans pauvreté et Au bas de l’échelle ont cependant démontré que cette hausse est loin d’être suffisante pour sortir de la pauvreté les ménages québécois dont le revenu est inférieur au seuil de faible revenu. Cette augmentation de 25 cents situera le revenu annuel d’un salarié qui travaille 40 heures par semaine à 16 640 $, soit à 25 % sous le seuil de faible revenu établi en 2005 (<www.statcan.ca/francais/research/75F0002MIF/75F0002MIF2006004.pdf>). Étant donné que la majorité des emplois au salaire minimum sont à temps partiel (60 %), c’est-à-dire de 35 heures et moins par semaine, l’écart avec le seuil de faible revenu est encore plus grand (30 % et plus).
Dans un document de réflexion de l’organisme Au bas de l’échelle intitulé Le salaire minimum, la pauvreté et l’emploi, on propose « un argumentaire en faveur d’une hausse substantielle », ainsi qu’une réflexion sur les idées préconçues concernant les personnes travaillant au salaire minimum (disponible sur le site <www.aubasdelechelle.ca>). Évidemment, ce sont les plus jeunes (55 %), les célibataires (59 %) et les moins scolarisés – 28 % n’ont pas de diplôme secondaire – qui occupent la plupart des emplois au salaire minimum. Le document démontre que, dans les faits, les travailleurs rémunérés au salaire minimum ne correspondent pas tous à ce portrait.
Ainsi, l’ensemble des heures que les jeunes travaillent ne représente qu’une faible part des heures totales payées à ce taux (19 %). Il est vrai que la moitié fréquentent une institution scolaire (45 %), dont la majorité à temps plein (95 %). Il en reste 55 % qui ne sont pas aux études. Sans compter que de nombreux jeunes sont aussi des parents (30 %).
La plupart des emplois sont dans les secteurs des services (90 %), notamment dans ceux de l’hébergement et de la restauration (63 %). Toutefois, il y a plus de personnes rémunérées au salaire minimum dans des entreprises de plus de 500 employés (38 %) que dans les petites entreprises de moins de 20 employés (36 %). De plus, il ne s’agit pas que d’emplois occasionnels. Une personne sur six occupe son emploi depuis plus de cinq ans et une sur dix depuis plus de 10 ans. Aussi, les femmes y sont surreprésentées (63 %) si on tient compte qu’elles constituent la moitié des travailleurs. Dans les faits, cela fait tout un éventail de gens qui ont peine à survivre tout en travaillant.
Bien que l’augmentation du salaire minimum ne puisse être la seule stratégie de lutte contre la pauvreté, des organismes comme la Conférence régionale des élus de Montréal, la Ligue des droits et libertés et le Collectif pour un Québec sans pauvreté affirment que le salaire minimum devrait permettre aux travailleurs de ne plus être pauvres. Il y a actuellement 30 % de personnes qui travaillent 40 heures par semaine à moins de 10 $ de l’heure, et qui vivent dans des familles à faible revenu. Pour Au bas de l’échelle, une augmentation se doit d’être plus substantielle. Il propose 10,22 $ pour permettre au moins d’atteindre l’équivalent du seuil de faible revenu pour un horaire de 40 heures. Ce serait un minimum.
Référence : Dionne, Louise,« Salaire de misère », Relations, mai 2007 (716), p 6-7.
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mars 2008