OÙ VA LE LOGEMENT SOCIAL?

par Anne-Marie Aitken


Le marché de l’habitation est florissant : la construction va bon train, les maisons se vendent comme des petits pains chauds et les condominiums poussent comme des champignons. Tout est fait d’ailleurs pour encourager de nouveaux ménages à accéder à la propriété, quitte à les pousser vers l’endettement. Nous serions soi-disant dans le meilleur des mondes s’il n’y avait parallèlement une pernicieuse crise du logement locatif dans toutes les grandes villes du Québec et si la richesse des uns n’accentuait la pauvreté des autres. Avec un taux d’inoccupation largement inférieur à 3 %, certains locataires se retrouvent à la rue, d’autres consacrent une part trop importante de leurs revenus à se loger, se chauffer et s’éclairer, au détriment d’autres biens tout aussi nécessaires à la vie.

Pour résoudre cette crise qui perdure, certains font appel à des recettes magiques, tel l’Institut économique de Montréal qui, dans une récente étude de juillet 2002, préconisait de déréglementer le prix des loyers et l’industrie de la construction, en plus d’abolir la construction de logements sociaux au profit de soutien financier aux personnes les plus défavorisées. Comme si la porte ouverte au seul marché allait régler tous les maux : finies les contraintes imposées par l’État, finies les vertus du public. Le salut serait dans la seule privatisation! Un tel discours annihile toute vision collective et conduit à la juxtaposition de solutions individuelles, chacun tirant la couverture vers lui, sans tenir compte de son voisin et du bien commun.

Certes, l’habitation est un domaine complexe dans lequel beaucoup d’acteurs et de facteurs entrent en jeu. En raison de la lutte au déficit, le gouvernement fédéral a cessé d’investir des fonds depuis le 1er janvier 1994. Le Québec, quant à lui, est la seule province du Canada à maintenir du logement social et abordable. Il lui reste néanmoins beaucoup à faire pour que le logement soit reconnu comme un droit des personnes et comme un élément incontournable du filet de sécurité sociale. Les municipalités ont un rôle tout particulier à jouer dans la réalisation de ce droit, par les diverses décisions qu’elles prennent et les réglementations qu’elles imposent, en matière de zonage notamment.

À ce titre, le logement ne peut être réduit uniquement au rang de bien de consommation, comme toute autre marchandise que l’on acquiert ou dont on se départit selon les modes ou la conjoncture économique et boursière. Les locataires et les propriétaires sont d’abord des citoyens et non des clients-consommateurs. Se loger répond à un besoin physique – celui d’avoir un abri pour vivre et construire son identité – et symbolique au sens où un toit est un espace de socialisation, le lieu d’un rapport à l’autre et à la société, une manière d’habiter le monde. Le logement social est là pour nous le rappeler, lui qui ne suit pas les critères du marché et participe d’une responsabilité collective. Il est donc fondamental qu’il ne disparaisse pas de l’horizon. Ce maintien d’un logement social et abordable relève d’un véritable combat à mener, tout en établissant un véritable contrôle du marché privé et une régulation de la spéculation foncière.

Aujourd’hui, la crise du logement locatif dit la crise plus vaste du vivre ensemble et du lien sociétal. La vraie question n’est-elle pas de réduire l’écart entre les " pris en compte " et les " laissés pour compte ", entre ceux qui bénéficient du marché et ceux qui en sont exclus? Il faudrait alors répartir la richesse autrement.

Les habitations à loyer modique (HLM) représentent la formule la plus connue de logement social (65 000 unités). Les HLM appartiennent au gouvernement du Québec et sont gérées par des offices municipaux d’habitation (OMH). Il en existe pour des personnes âgées, mais aussi pour des familles et pour des personnes seules. Les locataires y exercent un pouvoir grandissant, en se regroupant en associations de locataires.

Les coopératives d’habitation (22 000 unités au Québec) sont gérées par leurs membres. On demande ainsi aux locataires de participer à la gestion de leur immeuble. Les loyers y sont inférieurs au prix du marché.

Les OSBL d’habitation (entre 20 000 et 30 000 unités) sont des organismes sans but lucratif gérées par un conseil d’administration composé d’organisateurs communautaires, de bénévoles et de locataires. Les coûts du logement sont similaires à ceux des coopératives. Les OSBL visent souvent à répondre à des besoins particuliers, par exemple ceux des personnes âgées ou handicapées, mais ils peuvent avoir une vocation plus large.

Le logement social comprend aussi le supplément au loyer (11 500 ménages bénéficiaires en 2000) versé aux bailleurs privés pour accueillir des ménages à faible revenu admissibles à un HLM; le locataire paie le même loyer que s’il habitait en HLM. Ainsi que l’allocation-logement (150 000 ménages bénéficiaires en 2000) versée aux ménages à faible revenu, principalement des personnes âgées ou bénéficiaires de l’aide sociale.

Référence: Aitken, Anne-Marie, "Où va le logement social?", Relations, avril-mai 2003 (684), p. 10-11.

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21 mai 2003