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L’intruspar Jean-Claude Ravet |
Le malheur, c’est que cette vision de la citoyenneté est loin d’être exceptionnelle. Elle correspond parfaitement au processus galopant de dépolitisation qui a cours dans la société : l’appropriation par la logique marchande de l’espace politique. C’est là qu’il faut chercher la cause principale du désintérêt de la population envers les élections. Durant des décennies, les politiciens lui ont dit, pour justifier les coupures dans les services publics et les programmes sociaux, qu’ils n’avaient pas de choix. Ils ont fait savoir que la politique était devenue une affaire de marchands, de gestionnaires, de technocrates. Il n’est pas étonnant que cela porte fruit. Et ce n’est pas en renforçant les cours de citoyenneté, comme la ministre Courchesne se dit prête à le faire, que les choses changeront, et encore moins en favorisant le vote électronique à la maison, sauf à consacrer la disparition de l’espace public et sa résorption à son petit chez-soi.
Les citoyens, incités à n’être que des consommateurs, la plupart du temps floués par des promesses sans lendemain, désertent les urnes, comme un client déçu boude une boutique qui lui aurait vendu de la camelote. Il est même étonnant que le taux de participation n’ait pas été encore plus bas; cela témoigne sans conteste que la réserve de civisme n’est pas épuisée et reste bien ancrée dans la population, qui résiste tant bien que mal au modelage consumériste de la citoyenneté.
Le slogan des libéraux, durant la campagne électorale, reflétait parfaitement cette conception : « L’économie d’abord ». C’est parce que l’économie est précisément placée avant et au-dessus de la société, comme si la société devait être au service de l’économie, et non l’inverse, que l’espace politique est peu à peu « policé » pour s’adapter aux diktats du marché et que les politiciens se transforment en managers dévoués.
Seule la lutte contre l’insignifiance actuelle de la politique est en mesure de réanimer la démocratie. Or, celle-ci trouve sa source dans l’ébranlement de la maisonnée, où les citoyens étaient confinés, qui s’ouvrait ainsi à la cité. La démocratie est née en effet de l’effort d’hommes et de femmes, unis par une même volonté de construire une société juste, de s’approprier les affaires publiques, considérées comme la chasse-gardée d’une caste de notables. Cette dynamique d’appropriation – d’intrusion – est toujours à renouveler, parce que garante de la démocratie, sans quoi se reproduit toujours la confiscation de l’espace politique par une élite qui confond ses intérêts privés avec le bien commun.
Voter, choisir de s’abstenir ou annuler son vote peuvent être des manières d’investir l’espace public. Elles trouvent leur signification démocratique dans la mobilisation citoyenne sans laquelle la politique perd son sens. La formation de l’opinion publique est donc, dans cette perspective, inhérente à la démocratie. Elle n’est jamais affaire classée. Elle passe par les débats et la perturbation du consensus qui masquent les conflits sociaux. C’est à cette tâche que la crise de société que nous traversons nous convie. Le nouveau slogan de Relations « Pour qui veut une société juste » – que vous retrouverez désormais sur la page couverture – indique bien que nous la prenons au sérieux.
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Nous commençons la nouvelle année avec un tournant écologique se présentant à nous comme une exigence de cohérence. L’équipe de Relations est heureuse de vous annoncer qu’à partir de ce numéro, la revue est imprimée sur du papier recyclé. Bonne lecture.Référence : Ravet, Jean-Claude,« L’intrus », Relations, janvier-février 2009 (730), p. 3.
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janvier 2009