La réconciliation avec les aborigènes aura-t-elle lieu en Australie?

par Mark Byrne
L’auteur est jésuite

Le gouvernement australien a rejeté la plupart des recommandations du rapport final, déposé en 2000, par la Commission pour la réconciliation avec les Aborigènes (CAR).


Avant le dépôt du rapport final du CAR, un quart de million de personnes avaient traversé le pont de Sydney en appui à la réconciliation entre les Australiens aborigènes et non-aborigènes, pressant le premier ministre John Howard de s’excuser pour les abus du passé. D’autres marches avaient lieu dans la plupart des grandes villes d’Australie démontrant le soutien populaire au processus de réconciliation et dénonçant le mépris du gouvernement.

Le gouvernement a mis près de deux années à répondre au rapport final, puis a rejeté la plupart de ses recommandations. Depuis, le CAR a été remplacé par une fondation sans but lucratif, la Réconciliation australienne, sans pouvoir ni financement récurrent et, surtout, sans mandat pour diriger un processus national de réconciliation.

Pendant ce temps, le gouvernement a constamment réitéré sa volonté d’opter pour une « réconciliation du bon sens » (practical reconciliation) en mettant de l’avant de « nouvelles dispositions » sous l’égide du ministère des Affaires autochtones. Ces dispositions incluent l’abolition de l’ATSIC (Aboriginal and Torres Strait Islander Commission), la création d’un Conseil indigène national dont les membres sont nommés par le gouvernement, la centralisation des services offerts aux Autochtones et la signature de presque 100 accords de partage des responsabilités. D’autres réformes touchant les territoires autochtones et le programme de développement communautaire de l’emploi sont en préparation. L’abolition de l’ATSIC – organisme gouvernemental de promotion et de protection des droits des aborigènes –, bien que controversée de part et d’autre, n’a pas été suivie par la création d’un autre organisme.

De nombreux groupes locaux de réconciliation demeurent actifs et le Australian for Native Title and Reconciliation (ANTAR) poursuit la campagne « L’Australie doit s’excuser » (Apology Australia), mais il est évident qu’en l’absence d’un leadership national, le soutien populaire pour la réconciliation s’affaiblit.

Le gouvernement est motivé par l’opinion publique aussi bien que par l’idéologie. Les sondages d’opinion ont démontré que la majorité des Australiens sont disposés à reconnaître que le peuple autochtone a subi des abus par le passé. Ils sont toutefois divisés sur les causes des injustices présentes : sont-elles la perpétuation des abus ou relèvent-elles de la responsabilité actuelle des aborigènes? Ils ne sont pas favorables aux « excuses » pour des actes du passé et ils ne se croient pas responsables, par leurs styles de vie et leurs attitudes, du racisme ou de l’exploitation vécus par les aborigènes. D’autant plus que le gouvernement de John Howard a su arrimer ces « excuses » avec la responsabilité personnelle et légale qui en découlerait.

Pat Dodson, militant aborigène, a rappelé, lors de la Rencontre nationale de la réconciliation de 2005, qu’il n’y a aucun fondement aux rapports entre les Australiens autochtones et les autres. Beaucoup d’Australiens blancs reconnaissent que leur présence sur le sol australien manque de légitimité, tandis que le peuple autochtone a besoin de la reconnaissance de ses droits pour développer un sentiment d’appartenance à la société australienne. Tôt ou tard, un accord formel qui reconnaîtra les abus du passé sera nécessaire pour créer une base commune pour l’avenir de la nation. Il y a de nombreux exemples de tels accords avec des peuples autochtones dans d’autres pays des anciennes colonies britanniques dont l’Australie devrait s’inspirer.

Le gouvernement conservateur de John Howard a dévié les enjeux en affirmant qu’un traité ne peut être fait qu’entre États souverains, créant une crainte parmi les Australiens non autochtones de la création d’une « nation à l’intérieur de la nation ». Pourtant, ce traité aurait dû être négocié avant l’établissement des Britanniques. Quel qu’en soit le nom, c’est la négociation d’une entente formelle pour une souveraineté partagée des terres et une participation égalitaire à la vie sociale du pays qui est réclamée. Comme d’autres l’ont précisé, la résolution de cette question est intimement liée au développement de la République australienne. Il s’agit de régler le passé avant d’entreprendre l’avenir.

Référence : Byrne, Mark ,«La réconciliation avec les aborigènes aura-t-elle lieu en Australie? », Relations, mars 2006 (707), p. 7-8.

Retour à la page d'accueil des archives de la revue Relations


Qui sommes-nous? / nouveau numéro / Archives / Soirée Relations / liens / abonnement / Centre justice et foi

www.revuerelations.qc.ca
février 2008