|
|
|
|
Dysfonctionnement à la tête de l’ÉgliseLe 24 janvier dernier, Benoît XVI lève l’excommunication de quatre évêques intégristes. Parmi eux, Richard Williamson qui, dans une entrevue diffusée deux jours auparavant, nie la réalité des chambres à gaz nazies. Prises de court, les autorités vaticanes affirment que le pape n’était pas au courant des positions de ce négationniste. Elles insistent également sur le fait que la levée de l’excommunication n’entraîne pas une pleine réhabilitation. Mais ces subtilités ecclésiastiques ne suffisent pas à apaiser le tollé et portent un dur coup à un demi-siècle de rapprochement entre l’Église catholique et la communauté juive. Dans une sortie sans précédent, la chancelière allemande, Angela Merkel, interpelle le pape et exige qu’il dise clairement que l’on ne peut nier la Shoah. Chose tout aussi rare : des évêques remettent publiquement en cause la gestion de cette affaire par Rome. Mgr Werner Thiessen, archevêque de Hambourg, affirme que « la réhabilitation d’un négationniste est une mauvaise décision. Cela entraîne une perte de confiance dans le pape ». Son collègue, le cardinal Karl Lehmann, estime que « le pape a tendu les deux mains à une organisation extrémiste et qu’en retour Williamson l’a frappé en plein visage ». Pour sa part, l’évêque de Rottenbourg-Stuttgart, Mgr Gebhard Fürst, s’inquiète d’une atteinte « à la crédibilité de l’Église ». Quant à l’archevêque de Vienne, Christoph Schönborn, il avance que « celui qui niait la Shoah ne pouvait être réhabilité au sein de l’Église » et regrette que « le Vatican n’ait pas regardé les choses de très près ». En effet, comment a-t-on pu faire montre d’un tel aveuglement au sein des officines vaticanes? Les positions controversées et répétées de Williamson étaient pourtant notoires. Il y a là le symptôme d’un grave dysfonctionnement à la tête de l’Église catholique. Depuis le début de son pontificat, Benoît XVI donne l’impression de multiplier les faux pas et les volte-face. Certes, l’homme est un érudit et un grand spirituel. Il est cependant un piètre communicateur qui semble encore bien mal mesurer la portée des paroles et des gestes inhérents à sa fonction. À cette limite personnelle, s’ajoute le fait qu’il se soit entouré de collaborateurs complaisants et doctrinaires, visiblement incapables de bien le conseiller et dépourvus d’un sens assuré des réalités pastorales, politiques et diplomatiques. En outre, le Vatican méprise trop souvent la consultation des Églises locales. Pour preuve : les fidèles et les évêques de France savent depuis longtemps que les intégristes sont proches d’une extrême-droite politique qui suppure l’antisémitisme. Or, comme le révèle Mgr Hippolyte Simon dans le journal La Croix du 29 janvier, ce n’est que trois jours après la levée des excommunications que l’épiscopat français a reçu le communiqué de Rome l’informant du fait accompli. L’évêque dit espérer « que les responsables de la Curie romaine vont procéder à un sérieux debriefing… » Un tel vœu est fort louable. Mais pour que les choses changent véritablement à Rome, il faudra davantage. Un plus grand nombre d’évêques devront prendre leur responsabilité et oser enfin affirmer clairement leur autorité et celle des membres de leur Église locale face à une bureaucratie vaticane déphasée. C’est la seule façon de provoquer une transformation du mode actuel de gouvernance dans l’Église catholique. Et, surtout, c’est le seul moyen pour mettre fin à cette multiplication d’impairs qui entachent gravement la crédibilité de l’Évangile (au moment où j’écris ces lignes, les controverses se succèdent : excommunications au Brésil, propos du pape contre le préservatif en Afrique…). Dans la vie de toute institution, surviennent des crises de leadership qui obligent à de profondes réformes. Dans l’Église catholique, nous sommes – sans conteste – parvenus à ce point critique.
Marco Veilleux
|
|
|
www.revuerelations.qc.ca
mai 2009 |
|