Palestine : assez d’injustice!

Jean-Claude Ravet

Être dépouillé de sa terre et de ses moyens d’existence. Voir son territoire quadrillé par des forces d’occupation étrangères. Percevoir dans sa propre autorité politique, censée défendre les intérêts de la population, les réflexes hideux de la servilité et les signes de corruption qui les accompagnent toujours. Être toléré dans sa propre maison, jusqu’au jour où l’on en est chassé sans raison. Faire l’objet de représailles pour des actes que d’autres ont commis. Assister impuissant au rasage de ses champs d’oliviers. C’est-là l’expérience quotidienne de la population palestinienne.

L’humiliation est une blessure ouverte d’où suinte la révolte. Ceux qui se posent en maîtres ont beau imposer le silence des armes, élever des murs contre le droit et la dignité – croyant par là tracer une frontière opaque et étanche qui les mettrait à l’abri des visages défigurés par la souffrance et la rage – ils n’arrivent en fait qu’à une chose. Croyant poser les bases d’une sécurité future, ils sèment les germes d’une violence du désespoir et de la haine. Ni les portes closes, ni les grillages, ni les gardes armés, ni les postes de contrôle, ni les fouilles, ni les représailles ne peuvent les en protéger.

Israël est un état colonial. Il occupe des territoires qu’il a conquis militairement en 1967, et dont il refuse de se retirer depuis. Cette occupation est condamnée par l’ONU et la grande majorité des communautés nationales qui y sont représentées. Rien n’y fait. Des colons juifs peuplent de plus en plus le territoire occupé. Israël construit un mur de séparation – contraire au droit international et condamné comme tel – qui cherche autant à normaliser l’occupation qu’à rendre invisibles les Palestiniens expulsés de ces territoires. La Cisjordanie ainsi morcelée est rendue impropre à devenir un État palestinien viable et souverain. Sans parler du blocus israélien dans la bande de Gaza, qui accule la population gazaouie à la précarité la plus extrême, et de l’intervention militaire dévastatrice qui s’est soldée par des milliers de victimes civiles. Tout cela ne peut plus durer.

Certes, le départ d’Israël des territoires occupés ne réglera pas tout le conflit. Mais c’est la condition sine qua non de tout processus de paix qui ne consent pas à être une mascarade. L’entêtement à poursuivre sa politique coloniale ne peut qu’alimenter la spirale de violence. Celle-ci, à son tour, draine la population israélienne vers la droite et même l’extrême-droite religieuse, comme en font foi les dernières élections, et favorise la radicalisation islamique du côté palestinien.

Des voix juives indépendantes se font entendre, partout dans le monde, certes encore timidement – mais les médias y prêtent-ils l’oreille? –, refusant d’être identifiées aux politiques coloniales du gouvernement israélien. Elles se joignent à une minorité active d’Israéliens qui dénoncent ces politiques depuis longtemps et œuvrent pour le démantèlement des colonies et le retrait des forces occupantes, en solidarité avec les Palestiniens. Notre soutien leur est indispensable. Il nous incombe de relayer leur voix, d’agir de concert, pour faire pression sur Israël et appuyer des initiatives palestiniennes en ce sens – notamment un boycott économique inspiré de celui organisé contre l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid. Il nous faut aussi faire pression sur notre propre gouvernement. Car le Canada, depuis l’élection du gouvernement Harper, se place fermement du côté du petit nombre de pays qui soutiennent inconditionnellement les politiques israéliennes à l’instar des États-Unis, fermant les yeux sur les violations du droit international et des droits humains. Cela est intolérable.

Pour que cela change, il est nécessaire que cesse le soutien scandaleusement complaisant des États-Unis vis-à-vis des politiques coloniales israéliennes. Sans cet appui financier, militaire et idéologique indéfectible, Israël ne pourrait se permettre d’être aussi arrogant et meurtrier. Le président Obama en aura-t-il le courage? Ce qui est sûr, c’est que le lobby extrêmement puissant de la droite israélienne aux États-Unis veille au maintien du statu quo.

L’avenir est bien sombre, à juger de l’état actuel des choses. Les articles du dossier « Palestine : assez d’injustice! » ne le démentiront pas. Mais, en aidant à comprendre un peu plus ce qui s’y passe, ils permettront, nous l’espérons, de consolider la solidarité internationale avec le peuple palestinien et de faire prendre conscience de notre responsabilité. Le politologue Gilbert Achcar, dans l’entrevue qu’il nous a accordée, concluait ainsi : « Si la communauté internationale ne prend pas conscience de la nécessité impérieuse d’intervenir fortement pour imposer un compromis dans cette partie du monde, on va vers des catastrophes encore plus grandes. Et nous en serons complices. »

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« C’est la porte, et derrière, l’éden du cœur. Nos choses, tout ce qui nous appartient, s’estompent. Porte est la porte, porte de la métaphore, porte du conte. Porte qui épure septembre. Porte qui ramène les champs à la genèse des blés. Nulle porte à la porte, mais je peux accéder à mon dehors, amoureux de ce que je vois et ne vois pas. Tant de grâce et de beauté sur terre, et la porte serait sans porte? Ma cellule n’éclaire que mon dedans. Que la paix soit sur moi, et paix sur le mur de la voix. En louange à ma liberté, j’ai composé dix poèmes, ici-là et là-bas. J’aime les miettes de ciel qui s’infiltrent par la lucarne, un mètre de lumière où nagent les chevaux, et les petites choses de ma mère… Le parfum du café dans les plis de sa robe quand elle ouvre la porte du jour à ses poules. J’aime la nature entre automne et hiver, et les fils de notre geôlier, et les journaux étalés sur les trottoirs lointains. Et j’ai composé vingt chansons pour maudire le lieu où il n’y a pas place pour nous. Ma liberté : être à l’opposé de ce qu’ils voudraient que je sois. Et ma liberté : élargir ma cellule, poursuivre la chanson de la porte. Et porte est la porte. Et nulle porte à la porte, mais je peux accéder à mon dehors… »

Mahmoud Darwich, Un mètre en prison

 

Une tragédie historique

Entrevue avec Gilbert Achcar

Professeur à l’Université de Londres, il a publié avec Noam Chomsky La poudrière du Moyen-Orient (Écosociété, 2007).

 

Occupation coloniale

Robert Fisk
L’auteur, journaliste anglais, est le correspondant du journal britannique The Independent au Proche-Orient

La situation palestinienne est sombre : il est urgent pour les journalistes de traduire la réalité de ceux et celles qui souffrent. Peu osent le faire.

 

Tensions entre le Fatah et le Hamas

Fadi Hammoud
L’auteur, d’origine libanaise, est journaliste indépendant

La récente attaque d’Israël contre Gaza a provoqué un rapprochement inattendu entre les deux factions qui entretiennent depuis longtemps des relations tendues, voire hostiles. S’amorce un long chemin jonché d’obstacles vers la réconciliation.

 

Développement ou dépossession?

Dawood Hammoudeh
L’auteur est chercheur en économie pour la campagne Stop the Wall à Ramallah

Le soutien des pays donateurs à l’État palestinien cache une normalisation de facto de l’occupation par Israël et l’application de politiques néolibérales. Celles-ci dépossèdent encore davantage les Palestiniens de leurs moyens d’existence.

 

L’autre Israël

David Neuhaus
L'auteur, jésuite, enseigne au Séminaire diocésain du Patriarcat latin de Jérusalem et à l’Université de Bethléem; il est engagé dans le dialogue entre Juifs et Palestiniens

Divers acteurs de la société civile œuvrent en faveur du dialogue et de la recherche de solutions justes et équitables au conflit israélo-palestinien.

 

Déroute du mouvement de la paix

Anne Latendresse
L'auteure est professeure au Département de géographie de l’UQAM

L’appui quasi consensuel de l’opinion publique israélienne à une politique d’occupation et de terreur mine l’espoir de résoudre le conflit avec les Palestiniens. Comment expliquer l’affaiblissement du mouvement israélien pour la paix?

 

POUR EN SAVOIR PLUS

www.revuerelations.qc.ca
mai 2009